Darfour : La mort vient de l'oubli
Le drame du Darfour est hors normes. Depuis plus de 3 ans, cette région du Soudan, grande comme la France, affiche des chiffres vertigineux : des dizaines de milliers de morts, 1,8 millions de déplacés dans des camps, dans les villes de l’ouest, du nord ou du sud Darfour, et 200 000 réfugiés à l’est du Tchad. Action contre la Faim intervient au Nord et au Sud Darfour.
Une crise plus complexe qu’il n’y paraît.
La presse internationale a souvent qualifié la guerre du Darfour de guerre « ethnique », entre populations noires et arabes ou bien d’une guerre de lutte contre la marginalisation de cette région du Soudan. En fait, la réalité est beaucoup plus complexe, explique Bérengère de Penanster, chef de mission d’Action contre la Faim au Soudan : « Ce conflit est issu d’une suite de conflits au cours des trente dernières années, souvent liés à la question de l’accès à la terre des populations nomades. Ces derniers revendiquent des routes de transhumance, des terres de pâturage qui empiètent parfois sur les terres des agriculteurs sédentaires, et inversement. Ceci est une des causes du conflit déclenché en 2003. »
Une crise humanitaire qui s’est enlisée.
Alors qu’un processus de paix a été amorcé par la signature d’un accord en mai (qui n’a été signé que par une partie des belligérants, le pouvoir soudanais et une partie des rebelles), la crise au Darfour semble s’être lentement enlisée. Bérengère de Penanster explique qu’« on peut dire que la situation humanitaire est stabilisée, mais à un niveau très bas ! Les besoins sont immenses en accès à l’eau,
en nutrition, en nourriture, etc. pour les déplacés comme pour les populations restées dans leurs villages..Les humanitaires tiennent le Darfour à bout de bras ». Et Bérengère surenchérit « le Darfour a été l’un des plus grands défis mais aussi l’un des plus grands succès des humanitaires car on a tout de même réussi à éviter un désastre immense. » Malheureusement, pour tous les observateurs de la situation, rien ne semble pouvoir s’améliorer radicalement dans les mois à venir sans une réelle évolution de la situation politique et sécuritaire.
Les gens ont peur.
L’un des grands problèmes actuels est la persistance de l’insécurité un peu partout dans les 3 régions du Darfour. La scission d’une des factions rebelles suite au récent accord de paix – le SLA (Armée de Libération du Soudan) – entraîne de violents combats au sein même de la rébellion. Les premières victimes de ses combats ou exactions restent les populations civiles. Ceux qui sont par exemple dans les camps de déplacés d’Abu Shok, de Kalma, de Gereida ou dans les villes comme Nyala – où travaillent les équipes d’Action contre la Faim – ne peuvent pas rentrer chez eux parce qu’ils ont peur : « Ils n’ont aucune perspective d’avenir tant que leur sécurité n’est pas assurée dans leur village d’origine» nous explique Aude Staine, responsable d’un programme de nutrition dans le camp d’Abu Shok, abritant près de 50 000 déplacés près de la ville d’El Fasher. « Les gens voudraient rentrer chez eux,ils le disent, ils sont attachés à leur terre et la vie dans un camp est vraiment difficile. Mais ils craignent de revivre ce qu’ils ont vécu, la violence d’une attaque nocturne et la fuite » raconte Bérengère. De plus, les villages attaqués ont souvent été en partie détruits, un retour ne s’improvise pas.
Traiter la malnutrition, donner à manger.
La première mission d’Action contre la Faim dans les zones où elle intervient est de traiter la malnutrition aigüe : une manière de sauver des vies. Ces programmes prennent place dans les camps
de déplacés dans la ville de Nyala mais aussi dans les villages environnants ces grandes concentrations
de populations. Aux centres nutritionnels thérapeutiques (où l’on soigne pendant près d’un mois les enfants sévèrement malnutris) s’ajoutent des programmes mobiles ou fixes de traitement de la malnutrition modérée. On y distribue des produits nutritionnels qui sont consommés à domicile. Ces programmes sont complétés par un gros effort de sensibilisation car, comme l’explique Céline Lessavre, assistante de la coordinatrice des programmes médico-nutritionnel au Darfour « la malnutrition et la faim sont un peu tabous au Darfour, il faut beaucoup sensibiliser pour que les mamans fassent bien suivre le traitement à leur enfant. L’idéal est de faire passer les messages par les communautés, les groupes de femmes, les chefs religieux ».
Parallèlement, Action contre la Faim procède à des distributions alimentaires aux populations déplacées.
C’est le cas depuis 2 ans dans la zone de Shangil Tobay au sud d’El Fasher et à partir de cet été dans le camp de déplacés de Gereida où Action contre la Faim vient d’ouvrir une base et va y nourrir plus de 100 000 déplacés.
Redonner un peu d’autonomie aux populations.
Mais Action contre la Faim tient également à ne pas céder à une aide trop tournée vers « l’assistanat» : « dans les villages non désertés, dans les régions de Nyala et d’El Fasher, nos équipes ont procédé à des distributions d’outils et de semences, mis en place un programme de traitement du bétail afin de relancer l’agriculture et redonner les moyens aux populations restées ou revenues dans leurs villages de redémarrer… » explique Bérengère. Le problème, également, reste la question de l’accès à l’eau potable dans les camps ou les villages. « Là, le problème est la profondeur à laquelle on peut trouver de l’eau, parfois, comme à Gereida, il faut aller à 200m de profondeur. Ce type de forage nécessite des moyens techniques colossaux. Concernant l’accès à l’eau, nous tenons à responsabiliser les utilisateurs des puits que nous construisons. Nous avons remis en place un système de paiement de l’eau, géré par la communauté. Ça permet de restaurer ou de conforter le fonctionnement communautaire traditionnel. ».
En fait, les équipes d’Action contre la Faim tentent dès que possible de restaurer l’autonomie des populations. « On doit aider les Darfouriens à trouver des solutions pour eux mêmes. Mais tout ça doit se faire en restant toujours vigilant face aux éventuelles urgences comme les pics de malnutrition. C’est le rôle des équipes qui « surveillent » la situation alimentaire par des enquêtes nutritionnelles régulières, etc. » En effet, si la situation est stabilisée, la crainte de nombreux acteurs de terrain est que cette crise tombe peu à peu dans l’indifférence et que les fonds viennent à manquer. Là, les humanitaires comme Action contre la Faim ne seraient plus en mesure de garantir la survie de centaines de milliers de personnes.
http://www.actioncontrelafaim.org/
Aller faire un ptit tour sur ce site ... et regardez ce que deviens notre monde et ce qui risque de continuer si tout le monde ferme les yeux!!!